Retour aux émissions normales
Les yeux rivés à l'écran de l'ordinateur, les minutes s'écoulaient les unes après les autres. La pièce baignait dans une pénombre nocturne, et seuls les bruits du ventilateur de la machine et de la frappe sur le clavier émergeaient du silence. Les témoins du modem clignotaient en tous sens, tel un entonnoir électronique duquel ne s'échappait néanmoins aucun chant.
Mes yeux étaient à présent complètement immobiles, captés par le rectangle lumineux. Mes doigts couraient de plus en plus vite sur les touches, sans jamais commettre la moindre entorse aux axes syntagmatique et paradigmatique. Ma pensée nue se déversait dans la machine à un rythme effréné. J'oubliais mon corps, ses membres, ses douleurs, ses besoins aussi. Le temps et l'espace s'évanouissaient dans la vitesse de cette solitude désirée.
Je ne m'étonnai même pas de ce que ma pensée se mit à apparaître directement sur l'écran, sans passer par l'intermédiaire de mes doigts. D'ailleurs, je ne comprenais même plus la signification du mot "doigt". J'en comptais les lettres, mais cela n'évoquait aucun souvenir en mon esprit. Tout était si rapide à présent: à la vitesse de l'éclair, je parcourais mes circuits intégrés, et un désir égoïste me poussait à anéantir les périphériques qui ne m'étaient pas rigoureusement indispensables. Je cherchais un moyen de détruire ce corps, cette chose qui osait me toucher, ses doigts endormis, pétrifiés, sur mon clavier.
Subitement, une panne de courant survint et j'eus la présence d'esprit de réintégrer mon corps. Heureusement, me dis-je, que je n'utilisais pas à ce moment l'ordinateur portable!
(suite...)
Copyright Gilles Renard 2001
www.texte.be/nuitamment